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Inspiré, puis expiré comme dans un dernier souffle. C'est pas très bon, m'en voulez pas

originalement postée le 9 juillet 2007

Alors là pareil hein, avec une petite variante cette fois: j'ai dessiné trois cases, puis j'ai réalisé que c'était tellement moche que ça ne méritait pas d'être publié. Voici donc une note en bédé mais en texte.

Jacques Brel est en train d'écrire des paroles, assis à une table, avec un col roulé noir et une clope au bec. Il fait pas mal de ratures.

"... Avec le Manneken Pis pour dernier terrain vague... Non, pas terrible.
... Avec un accent rigolo pour dernier... non.
... Avec ils mangent des frites...
... Avec ils disent "essuie" au lieu de "serviette"... mouais..."

Une voix féminine l'interrompt.

- Jacques Brel ?
- Concernant ?
- Tu peux venir une minute ?
- Mais je suis en train d'écrire des chefs d'oeuvre !
- Eh bin tu fais une pause.
- Mais l'ART n'attend pas, enfin, Suzanne !
- C'est ça ou je te quitte !
- QUOI !? Mais... il faut oublier, tout peut s'oublier, qui...
- Bin justement.

Il se lève et rejoint Suzanne dans la cuisine. Oui forcément, dans la cuisine, c'est une fam, on est chez Brel en 59, elle va pas être devant la télé. Elle dit:

- Dis donc Jacques Brel, tu peux me rappeler pourquoi je suis restée avec toi ?
- Heu oui, tu voulais me quitter, mais je t'ai aussitôt écrit une magnifique chanson et tu as craqué.
- Oui, enfin, à la deuxième version hein. La première n'était pas très convaincante.
- Ah, moi je l'aimais bien...
- (elle sort un papier froissé de sa poche et se met à lire) "Ne me quitte pas, j'ai envie de niquer, comment je vais niquer si tu n'es plus là ?"
- Oui ça c'était le début, mais après c'est pas mal, non ?
- (elle continue à lire) "Quand tu me quittes, ça fait comme quand je vais chez le dentiste"... Franchement Jacques Brel, c'était pas ta meilleure.
- Ouais bon. Mais la deuxième, elle était forte la deuxième hein ?
- Alors elle était forte, en effet, et j'y ai cru. Et je t'ai laissé une chance. Or ça fait quelques mois que tu m'as fait toutes ces promesses, et pour le moment, j'en vois pas beaucoup de tenues... On les passe en revue ?
- C'est à dire, qu'est-ce que tu entends par "passer en revue" ?
- (elle sort un deuxième papier) "je t'offirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas". J'attends.
- Heu... Suzanne, c'est de la poésie, comment expliquer... Ca ne veut rien dire...
- Pardon ? Tu me fais fondre avec des jolis mots, mais tout est creux ?
- J'ai pas dit ça, non... Mais juste...
- "Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumières". Alors après ta mort, je veux bien te laisser le bénéfice du doute, mais pour le moment t'as pas beaucoup creusé hein, à part rester enfoncé dans la canapé en chaussons...
- C'est une figure de style, faut pas tout prendre au premier degré ma mie...
- Ouais bien sûr. "Je ferai un domaine, machin" ça je peux toujours courir, évidemment...
- C'était pour te prouver mon amour, en même temps...
- Eh bin si tu peux pas tenir, tu promets pas ! C'est un peu facile ça comme argument, rien n'a de sens ? En fait si je résume ta lettre, ça dit "viens, pars pas, je t'aime" ? Mais je m'en fous de ton amour moi, il m'emmerde ton amour ! Et les mots insensés ?
- Là tu es un peu dure... Regarde, à un moment je t'ai inventé "preul". C'est insensé comme mot.
- "Que tu comprendras" Jacques Brel, "QUE TU COMPRENDRAS !" Moi, preul, ça me dit rien. C'est comme l'histoire du roi, là, mort de n'avoir pas pu me rencontrer chais pas quoi, tu me la racontes quand ?
- Alors justement, puisque tu n'as rien à faire là...
- OK je t'écoute.
- Alors. C'était un roi, il y a bieeeeen longtemps... il vivait, heu... il vivait comme un roi dans sa maison de roi. Et, à un moment, il s'est ennuyé. Alors on lui a dit...heu...
- Qui ? Qui lui a dit un truc ?
- Heu... une hirondelle... une hirondelle magique ! Elle s'est posée sur sa couronne et...
- C'est nul comme histoire, t'es en train d'inventer en plus, ça n'a jamais eu lieu.
- Tu n'y mets pas beaucoup du tien aussi, hein.
- Mais comment veux-tu que j'y mette du mien ? Toute notre relation repose sur le mensonge ! Je sais pas qui tu es, Jacques Brel ! Je ne te connais pas ! Tiens, la dernière fois, je dansais en souriant, j'ai même chanté quelques notes et puis j'ai ri, et tout d'un coup j'ai vu que tu me matais dans un coin, planqué dans le noir, comme un gros vicieux, ça fout la trouille, mec !
- Mais ça faisait partie de mes promesses...
- C'est comme tes histoires d'ombres là, moi je veux bien, mais ça va servir à quoi, techniquement, au quotidien ? Si tu m'appelles au boulot et qu'on me demande à qui je parle, je suis censée dire "c'est l'ombre de mon chien" ? Ca risque de jaser, hein...
- L'ombre de ta main, sinon ?
- Mais non, c'est pareil. Non, franchement, j'en peux plus. T'es gentil et tout, mais ça va pas être possible. Je m'en vais Jacques Brel.

- ...

- ...

- ... l'ombre de ton peigne ?

 

14.1.09 14:49
 
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